De l'incendie à l'inauguration de Notre-Dame
Nos églises médiévales étaient orientées et nous, nous restons désorientés !
La seule grande cathédrale gothique à dérouler le faste de sa rose méridionale
le long d'un fleuve, sur une île...

L'émotion suscitée par l'incendie tient au spectacle rare d'une telle apparition lorsqu'on passe par le fleuve ! Et à bien autres choses...


Images du 24 octobre 2012 et du 24 octobre 2023
La cathédrale médiévale contribuait à obtenir
son Salut par l'image et le son, le vitrail et le chant
Notre-Dame de 1200, c'est le credo de Nicée en latin traduit dans la pierre et le verre,
psalmodié pour circuler sous les voûtes d'une nef inversée, orientée, image de la barque sur laquelle le Christ enseignait.
Jusqu'où peut-on reconstituer un décor du 12e siècle, transformé durant huit siècles, après un incendie au 21e ?
Perdus dans la nature ou la circulation, nous nous «orientons» par rapport au nord magnétique de nos boussoles et bien évidemment, de plus en plus, à l'aide de nos GPS. Dans un même ordre d'idée, nous en savons de moins en moins «par coeur», autre expression du temps où l'on «orientait« les églises. Depuis la diffusion du papier et plus encore depuis celles des supports numériques, la mémoire n'est plus la seule et unique bibliothèque dont nous disposons. Dans la société sacrale médiévale, les nefs des églises étaient non seulement orientées, tournées dans la direction d'où viendra le Jugement Dernier, de Jérusalem, elles étaient aussi conçues de manière à faire résonner le chant en latin déroulant les textes saints. En programme annuel complet pour les chanoines ou les moines, en programme restreint de l'ordinaire de la messe pour les fidèles. Une incorporation facilitée par la psalmodie jusqu'à bien savoir, «par coeur», siège de la mémoire, le viatique nécessaire au Salut, la grande espérance depuis cette vallée de larmes. Un effet sonore complété de l'irradiation des mystères par l'image du vitrail.
Alors, est-ce vraiment cela, cette dimension eschatologique, cette quête des fins dernières relayée par les murs
de l'église qui est à la source de l'émotion suscitée par l'incendie de Notre-Dame ? Sans doute bien autre chose
dont les gazettes sont pleines (évoqué dans l'article du Temps annexé).
Sinon, de la même manière que la charpente est rétablie à l'identique ou que les vitraux originels, préservés, sont nettoyés, pour retrouver la Notre-Dame de 1200 dans sa plénitude, il faudrait rétablir les sept chants quotidiens du programme grégorien annuel psalmodié en lecture à vue sur l'antiphonaire par le chapitre des soixante chanoines groupés autour des lutrins ; se remettre à la liturgie d'avant le concile de Trente de part et d'autre de l'ambon, sans jubé, entre espace des fidèles - de la nef aux tribunes - et saint des saints du clergé ; ôter la chaire et le mobilier de la nef ; redonner les couleurs du paradis aux voûtes, aux colonnes et aux portails ; compléter les campaniles et reconstituer la flèche médiévale, non pas la flèche néo-gothique (ce qui entraînerait, le cas échéant, de reconstituer les vitraux originaux du déambulatoire, renonçant au remplacement des façons néo-gothiques par du contemporain)... Et il faudrait encore renoncer au tour de choeur ou aux orgues, tardifs, aux gargouilles néo-gothiques... Sans oublier de rétablir le lacis des rues médiévales vers les quatre directions du cosmos en partant de la cathédrale, rues tout au long desquelles il faudrait alors, de surcroit, rétablir l'entre-croisement des classes sociales, leurs idiomes, leurs moeurs, leurs pandémies... etc.
Alors ? Qui pourrait attester de ce qu'il y aurait à faire ? Deux choses au moins : éteindre les projecteurs braqués sur la pierre neuve des voûtes au détriment de la lumière divine irradiant par les sublimes verrières, redonner aux orgues les programmes qui scandent huit siècles d'évolution musicale, depuis la naissance de la polyphonie à l'école de Notre-Dame, de préférence aux improvisations contemporaines de l'inauguration qui n'ont sans doute comblé que leurs brillants virtuoses. On peut aisément faire revivre l'histoire musicale chantée et jouée de Notre-Dame. Quant à reconstituer l'édifice ? A quel moment de son histoire ? Celui du jour d'avant l'incendie ? Celui de quel autre siècle ? Revenir à son état originel ? Improbable, on vient de le voir ! Mais un renoncement à l'utopique retour aux origines d'un monument dont les arcanes de la civilisation médiévale nous échappent ne doit pas se faire au profit de ce qui deviendrait un musée par sélection de certaines étapes en sacrifiant à l'historicisme.
Paru dans Le Temps du 6 décembre 2024
(L'explication complète dans Le Temps des espaces pédagogiques et Voir le politique à la rubrique 'Histoire de l'éducation')

Images du 24 octobre 2012 et du

2025 : une église de huit siècles,
cathédrale d'un siècle !
Principale église paroissiale de la ville, fondée à la fin du XIIe siècle, en 1924/25 la collégiale Saint-Nicolas de Fribourg était érigée en cathédrale. En 1999, bénéficiant d'une riche littérature et de l'expérience du chanoine de Saint-Nicolas Gérard Pfulg, j'avais publié dans les Annales fribourgeoises à l'intention des gymnases un guide de plus de 50 pages illustrées sur le mémorial religieux, social et politique majeur de Fribourg.
À disposition ici, deux Pdf en attendant deux conférences en 2025. L'une sur les significations du sacré inscrites dans les murs, peut-être oubliées (12 avril 2015 à Fribourg). L'autre à partir d'une comparaison entre les cathédrales de Fribourg, centenaire, et de Saint-Gall, bicentenaire (automne 2025 à Saint-Gall).



A télécharger, le diaporama de la conférence, textes et images, avec la documentation rassemblée pour sa préparation.
Ci-dessous, une sélection de 6 dias sur les 107 du corpus.
En complément, on peu aller à la rubrique 'Histoire enseignée'
consulter le dossier 'De Nuremberg à Nuremberg'.






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Si l'histoire peut se lire dans le pré carré de l'évêque,
elle peut donc aussi se nicher dans le pâturage !
La rindya (désalpe) de Charmey 2024 avec un troupeau
Une chose est de regarder défiler les troupeaux à travers le village (12'000 spectateurs par beau temps, 7'000 le 28 septembre sous la pluie). Autre chose est de descendre avec les vaches et les mulets.
Il faut se rendre compte : le troupeau des Gachet qu'on voit ici accompagné des mulets de TransTrad, est d'abord descendu de l'alpage des Morteys (2000 m) fin août, accessible uniquement par sentier muletier, pour celui des Planeys (1100 m, à 7 km).
Le 28 septembre, le troupeau est donc passé par Charmey (850 m) avant de remonter à l'alpage de la Chaux du Vent (1400 m) pour terminer la saison… sous la pluie ! Une journée à 250 m de descente, 550 de remontée et 16 km, avec préparation des vaches pour le défilé à travers le village, deux traites pour un troupeau de 40 têtes, avant le départ et à l'arrivée, sans oublier la fabrication des 3 meules quotidiennes à la chaudière de 800 litres ! Le lendemain, il faut se lever comme chaque matin à 4 heures pour une nouvelle traite...



Et pour accéder au pâturage,
il faut les sublimes ponts en bois des chemins muletiers,
devenus les audacieux ponts métalliques et en béton des routes carrossables actuelles !
Le plus long pont en bois
d'une portée de l'histoire !
Pour la Journée européenne du patrimoine 2024,
j'ai emmené une trentaine de personnes sur
les traces d'un pont de légende, redécouvert !
Pour en savoir plus, allez à la rubrique :
'Montagne et montagnards'

Sur la vidéo, on voit la culée de la rive droite du pont en bois de 1854 (distante de 70 m de la culée de la rive gauche, repérable sur les photos ci-dessous), ainsi que l'antique chemin muletier embroussaillé qui descendait jusqu'au fond des gorges, en lacets, pour une passerelle en madriers au fil du torrent.


Un pont d'une audace folle... mal construit !

Le 9 juillet 1855, les architectes Gribi et Roller de Burgdorf (BE) déposent un rapport d’expertise sur le tout nouveau pont en bois du Javroz.
« (Le pont) présente pour celui qui doit le passer un aspect effrayant. (…) Ouvert au public, au transport des voitures et au passage des troupeaux, son état doit être envisagé comme dangereux. (…) Il ne pourra résister à un ouragan ou aux oscillations produites par le passage d’un troupeau. »
Que va-t-il donc se passer ?
Sans oublier les écoles pour apprendre à faire tout ça...

D'où viennent nos
pédagogies ?
Responsable du volet 'Girard', j'ai reconstitué (grâce à un ami menuisier à ses heures), d'après une gravure de 1820, les bancs et pupitres de la célèbre méthode 'graduée-mutuelle' de Girard. Vous pourrez vous y installer, à la place d'un élève ou à celle du maître, et comparer la première pédagogie moderne avec d'autres... y compris la vôtre : https://www.hepl.ch/accueil/acces-rapide/evenements/exposition-trois-pedagogues-modernite-au-coeur-de-europe.html
L'examen : comment se passait-il / comment le passe-t-on ?
J'ai animé un atelier de la Journée d'études du Centre Pestalozzi d'Yverdon à la HEP Lausanne, atelier consacré aux élèves face à l'examen dans l'histoire de l'éducation.


Descendre les meules de gruyère des chalets sans route, répartir les piquets des clôtures ...
Ici à Charmey, depuis le chalet des Morteys (2000 m) jusqu'au Gros-Mont (1400 m) à l'automne 2023. Il m'arrive ainsi de faire le 'barlatè' - muletier porteur de gruyère -, pour l'association TransTrad de Jean-Claude Pesse qui a organisé sa Journée de soutien 2024 au Buth près de Lessoc (Intyamon, Haute-Gruyère) le 12 octobre 2024 :
www.transtrad.ch - info@transtrad.ch

L'histoire est donc aussi
dans le pâturage !
Montée aux vallon des Morteys en Gruyère
(septembre 2023).
L'histoire de ce haut-lieu de la fabrication du gruyère d'alpage est à la rubrique Histoire des montagnards. Ainsi se perpétue une tradition cinq fois séculaire : le transport des fameuses meules qui partaient d'ici pour les marchés de Lyon et de Turin, déjà au XVIe siècle, en particulier pour alimenter les armées du roi de France. Je fais donc de temps en temps le barlatè (porteur de fromage) et il s'agit de s'adapter à l'allure (soutenue ! ) du mulet.
Ravitaillement aux pâturages des Noires Joux
(Charmey en Gruyère, avril 2024).
Il n'y a pas que les fromages à descendre, il y a aussi à ravitailler les chalets qui ne sont pas accessibles par route, comme ici aux Noires Joux (Charmey) où il s'agit de répartir les piquets de clôture avant la montée à l'alpage des troupeaux (avril 2024).
Le spectacle des Préalpes gruériennes au printemps vaut tous les efforts. Source d'une histoire dans le pâturage très utile aux paysans de montagne (voir aux rubriques : RC et EDD, Histoire de la Gruyère, Histoire de la montagne... )
