Une des premières frises de l'histoire du climat conduisant en longue durée à l'histoire immédiate.
2006 : Al Gore sort An Inconvenient Truth, documentaire basé sur l'étude de carottes glaciaires sur 650'000 ans
1992 : (presque) tout est écrit... en vain ?

En 1992, je rédigeais la séquence 14. Il n'y a qu'une seule Terre ! du manuel Histoire 3 à l'usage des classes de 3e secondaire (11e Harmos actuelle). J'y brossais à grands traits l'évolution du concept d' “environnement” tout au long du 20e siècle et celle d'une “Terre malade de l'homme” suite aux effets d'une industrialisation sans limites. Perte de la biodiversité, catastrophes climatiques... tout était déjà dessiné. La séquence incitait à une prise de conscience et aux mesures permettant d'enrayer les effets du réchauffement climatique d'origine anthropique, cumulés à ceux d'un cycle naturel d'optimum climatique. Je me fondais alors sur les recherches des sciences de la Terre et de leurs rapports des années 1970-1980.
Tout ce qui est annoncé dans ces six pages se déroule désormais sous le regard éberlué de ceux qui reléguaient l'écologie au rayon de l'utopie ou de l'excès. A une nuance (de taille) près : tout se déroule plus vite, avec des effets démultipliés.
Les 'Trente Glorieuses' et leurs quarante suivantes correspondent en réalité à une période d'essor industriel incontrôlé, par technologies toujours plus performantes, au profit des régions s'industrialisant en surexploitation de celles qui ne le peuvent pas ou peu, pour une élévation sans précédent dans l'histoire des niveaux de vie de la part favorisée de l'Occident, sans réduction des inégalités économiques, bien au contraire, sans égard pour la sécurité ou la santé des travailleurs exposés, au prix d'un bouleversement environnemental aux conséquences dramatiques, en omission complète du simple fait qu' Il n'y a qu'une seule Terre !
Cela en toute connaissance de cause : les rapports de grandes multinationales concluant à l'impact de l'industrie sur l'homme et le climat sont occultés, alors que ceux issus des milieux scientifiques, depuis les années 1970 (Meadows... GIEC... ), sont dédaignés, sinon déniés, tout en étant agréé par la grande majorité des Etats. La catastrophe devenant évidente, les pouvoirs se targuent de parer aux menaces par des mesures techniques, proclament en faire bien assez au nom du sacro-saint pouvoir d'achat des électeurs. Que se passera-t-il lorsque les effets du plus grand changement climatique de l'ère humaine, s'il n'est pas régulé, se déploieront dans toute leur ampleur, avec un point de bascule qui se rapproche inéluctablement ?
Le cas du pays le plus riche du monde
Le 9 février 2025, le peuple suisse se prononce sur une initiative constitutionnelle déposée par les Jeunes Verts-e-s Suisses demandant à la Confédération et aux cantons d'assumer dans un délai de dix ans la conservation des bases naturelles de la vie par des mesures acceptables socialement, assumées par le parlement.
Petite par sa taille (0,1 % de la population mondiale) mais grande par son économie (20e PIB mondial en 2024, proche de la moitié de celui de la Russie), la Suisse et son activité industrielle et commerciale fortement internationalisée porte une grande responsabilité avec un levier d'action au moins 15 fois supérieur à celui de ses propres émissions. Elle dispose de moyens financiers en proportion pour des mesures urgentes socialement acceptables qui devraient faire figure d'exemplarité : “Il n'y en a point comme nous !” clament en choeur les Suisses persuadés d'être d'authentiques descendants de Guillaume Tell. Pourtant, les 2 degrés de RC global sont dores et déjà inéluctables et la France, pour des latitudes analogues à celles de la Suisse, table même sur un impact local de 3-4 degrés sans une réaction drastique urgente. Pour éviter un RC à 2-3 degrés dont les effets seraient inimaginables dans nos régions, on en a déjà des aperçus dramatiques à 1,2 - 1,5 degré, il ne reste donc qu'une dizaine d'années selon les rapports scientifiques agréés par la communauté internationale pour éviter un basculement irréversible. C'est bien la conscience de ce défi dores et déjà désespéreé qui a motivé l'initiative des Jeunes Verts-es.
- La droite (dont fait partie l'ancienne démocratie chrétienne rebaptisée Le Centre), largement majoritaire au gouvernement suisse depuis 1848 - à moins de tenir les radicaux comme un parti de gauche au 19e siècle -, annonce qu'une acceptation entraînerait un effondrement de l'économie nationale dont le niveau serait ramené à celui de l'Afghanistan. Les communiqués des partis bourgeois sont relayés par les rubriques d'opinons de la presse quotidienne : « On en fait déjà beaucoup... C'est prévu pour 2050... Même en réduisant notre impact carbone à 0, ça n'équivaudrait qu'à la suppression de deux centrales à charbon allemandes ou chinoises... Taxer les super riches ce serait signer leur départ du pays avec leurs entreprises... Les donneurs de leçon ça suffit... Ces jeunes nous font perdre notre temps avec leur intiative irréaliste... Ils abusent de la démocratie... » Argument massue : « Si les buts de l'initiative sont louables, et d'ailleurs déjà poursuivis pour 2050, ses effets en revanche entraineraient une grosse perte de pouvoir d'achat ». C'est largement suffisant pour engendrer un raz de marée de NON. La pensée spontanée liée aux intérêts immédiats de l'économie l'emporte aisément dans l'électorat sur les raisonnements empruntés aux sciences de la Terre et visant l'intérêt général en longue durée. La perspective d'un prix à payer proportionnel à l'insuffisance de l'action n'entre guère en ligne de compte pour ceux qui reportent la catastrophe aux calendes grecques sans s'interroger sur leur responsabilité : l'utopie pour masquer le déni, c'est l'attitude classique des camps conservateurs, partout en Europe.
- Les Jeunes Verts-e-s Suisses, bien loin de donner des leçons, offrent donc au peuple suisse la possibilité de se déterminer sur une politique climatique responsable, qu'ils proposent d'adopter pour préserver in extremis ce qui reste de la biodiversité et de la sécurité économique et sociale des populations, cas unique dans les démocraties libérales. Le Royaume Uni, par exemple, s'est engagé à une réduction d'au moins 81% de ses émissions carbone pour 2035 sans qu'aucune consultation populaire n'ait été nécessaire. Les Jeunes Verts-es ont lu les rapports des scientifiques. Tel celui du GIEC établi par 30'000 scientifiques désintéressés du monde entier, rapport agréé par 190 pays donc faisant autorité plus que n'importe quel lobby ou groupe d'intérêt. les Jeunes Verts-es suisses ont donc rédigé l'initiative en tenant compte de leurs conclusions (voir plus bas). Le titre d'un grand quotidien romand “Les Jeunes Verts-es renvoyés à leurs études” inverse les rôles : renvoyer aux études signifie que la question n'a pas été suffisamment examinée. Or ce sont justement les Jeunes Verts-e-s qui l'ont étudiée, qui se sont référés aux rapports scientifiques, sans céder à la facilité des raisonnements spontanés, simplificateurs, qui dédouanent de toute responsabilité dans les effets du RC et flattent la corde sensible de l'électorat en dramatisant et en radicalisant.
Pour s'en convaincre, il n'est que de consulter les quelques extraits placés au-dessous de l'image qui suit, tirés de centaines de pages et d'infographies (extraits un peu plus large dans le fichier joint à télécharger) : le minimum du minimum pour une citoyenne ou un citoyen soucieux de se forger une opinion éclairée (même trop tard ! ) et surtout pour les partis, gros influenceurs de leurs électorats par communiqués et injonctions.

Annonce des résultats : le désarroi de celles et ceux qui auront à endurer en priorité, avant leurs propres enfants, les conséquences dramatiques d'un effet de serre et d'une perte de la biodiversité que leurs aînés n'auront pas su maîtriser à temps. Et alors qu'ils ont étudié très sérieusement la question pour rédiger leur initiative, ils sont renvoyés à leurs études (Le Temps, 10 février 2025).
Synthèse du sixième rapport du GIEC - Résumé aux décideurs (20/03/2023)
https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2023/05/Rapport_SYR_AR6_v1.pdf
« Les engagements pris par les États avant la COP26 restent bien en-deçà du nécessaire pour limiter le réchauffement à 1,5°C. Pour ce faire, une diminution drastique et immédiate des émissions d’ici 2030 est indispensable. Les engagements pris par les pays avant la COP26 (en 2021) nous conduiraient vers un réchauffement d’environ 2,8°C à l’horizon 2100. Les politiques mises en œuvre en 2020 nous amèneraient quant à elles à un réchauffement de 3.2°C. Bien que de nombreux pays ont annoncé leur intention d’atteindre une forme de neutralité carbone vers 2050, les outils pour y parvenir restent largement inexistants.
Les objectifs de limiter le réchauffement à 1,5°C et même à 2°C restent inatteignables avec les mesures actuelles. La limite des +1,5°C va probablement être franchie d’ici 2035. Réduire les émissions de gaz à effets de serre diminue la probabilité d’emballement du réchauffement du climat. De nombreux écosystèmes atteignent leur limite d’adaptation dès +1,5°C, comme les récifs coralliens, certaines forêts tropicales, les zones humides côtières, ainsi que les écosystèmes polaires et de montagne. Un maintien jusqu'en 2030 des émissions de CO2 à leur niveau de 2019 épuiserait le budget restant pour +1,5°C et consommerait le tiers du budget +2°C. De fait, il est nécessaire de réduire drastiquement et immédiatement les émissions de GES dans tous les secteurs avant 2030.
Au contraire, le report de ces mesures accentuerait le réchauffement planétaire, réduirait les capacités d’action et augmenterait les dégâts. Pour accélérer l'action climatique, il est possible de mettre en place des réformes fiscales, financières, institutionnelles et réglementaires intégrant les mesures climatiques aux politiques macroéconomiques. Par exemple, il faudrait permettre un meilleur accès aux financements des infrastructures et technologies à faibles émissions dans les pays en développement. Les volumes financiers mondiaux permettent amplement de faire face aux besoins, sous réserve que les pays riches aient la volonté de soutenir les pays plus pauvres. Pour l'instant, les promesses de transférer 100 milliards de dollars par an n’ont pas été tenues. »
La Suisse “pays le plus riche” taxée "médiocre 21e" au classement climatique par pays : derrière le Maroc et l'Inde
https://www.rts.ch/info/sciences-tech/environnement/14536368-la-suisse-classee-mediocre-21e-au-classement-climatique-par-pays.html# Sciences-Tech Publié le 8 décembre 2023 à 11:41
« La Suisse est notamment devancée par les Philippines, l'Allemagne, le Maroc et l'Inde. Ce résultat montre clairement que les efforts fournis sont insuffisants et classent le 20e PIB du monde parmi les cancres sur les questions climatiques.
Le oui massif en faveur de la loi climat en juin 2024 montre pourtant que la population appelle de ses voeux une politique nettement plus ambitieuse. Comment comprendre la décision de la Confédération de retarder l’application de ce texte ?
Greenpeace notamment a demandé que la Suisse réduise ses émissions d'au moins 60% sur son territoire d'ici à 2030, au lieu des 34% actuellement prévus. L'ONG estime que la Suisse "abuse des astuces comptables depuis des années pour enjoliver ses efforts climatiques. Son modèle reposant sur la compensation carbone constitue un oreiller de paresse. La Confédération devrait en outre s'engager davantage à l'étranger.
Climat : la Suisse, un acteur qui compte
https://www.economiesuisse.ch/fr/articles/climat-la-suisse-un-acteur-qui-compte
La nouvelle étude de McKinsey, réalisée en collaboration avec EconomieSuisse et le WWF, montre que la Suisse, en tant que place économique et financière internationale (20e PIB en 2024, soit le tiers du PIB français ou près d lla moitié de celui de la Russie), joue un rôle décisif dans la lutte contre le changement climatique. Grâce à son économie mondiale performante, elle peut influencer un volume d’émission bien supérieur à celui occasionné sur son territoire. Si on tient compte des émissions liées aux importations et de celles directement contrôlées par les entreprises depuis la Suisse, ainsi que les émissions liées aux flux financiers en provenance de Suisse, le pays dispose d’un levier de 14 à 18 fois supérieur, voire plus si on tient compte d’autres activités comme les investissements dans des obligations d’État. »
La Suisse vénère les ultra-riches sans leur demander de compte
On pourrait ajouter que si la Suisse est accueillante envers les riches étrangers auquels elle accorde des statuts fiscaux privilégiés (avec un apport estimé à 2 milliards pour l'économie du pays (2015), alors que leurs pays d'origine, là où ils ont tiré leur fortune, sont privés de dizaines de milliards de contributions, il y a peu de chance de les voir partir en masse sous d'autres cieux : à part quelques paradis fiscaux où ils leur serait d'ailleurs difficile d'établir leurs entreprises ou leurs affaires, la plupart des pays environnants les taxeraient bien plus lourdement (40 % au moins en France par exemple - en Suisse 22% maximum dans les cantons paradis fiscaux proches de Zurich - ou 50 % sur un héritage à partir de 13 millions en Allemagne pour un héritier qui ne fait pas de donation - en Suisse 1,4% en moyenne -), même dans le cas d'une contribution de solidarité pour le climat.
Ou alors, pressé ou peu intéressé, on peut au moins aller là :
Quel climat en Europe pour 2050 ?
https://images.cnrs.fr/video/7348
... à condition d'avoir le courage de regarder ce qu'attend la Terre - ses occupants - si les mesures urgentes préconisées par le GIEC tardent.

En 1945, 70-90% d'imposition sur les gros revenus pour la reconstruction. En 2025 pour l'éviter ?
La dernière grande crise structurelle analogue à celle que nous vivons, du point de vue de l'impact de la contribution fiscale sur sa résolution, était celle de la 'reconstruction' d'après guerre. Les USA, l'Angleterre ou la France par exemple, contrairement à la Suisse, taxaient alors les plus gros contribuables à hauteur de 70 voire 90 % de leurs revenus en impôts de solidarité. Avec l'immense crise actuelle, climatique - elle aussi causée par l'homme -, il s'agirait d'investissements - donc d'une économie sociale de marché, comme en 1945 - pour des mesures techniques accélérées visant à réduire les émissions de CO2 notamment, à partir par exemple de prélèvements fiscaux citoyens, momentanés, suportables. Contributions d'autant plus légitimes qu'elles proviendraient de ceux qui portent une responsabilité majeure dans les bouleversements liés au réchauffement climatique : entre 1990 et 2019, 1 % des plus riches - 77 millions de personnes dont 5 % résident en Suisse (73 % sont étrangers) - qui contrôlent par ailleurs 43 % des actifs financiers mondiaux, ont émis deux fois plus de carbone que la moitié la plus démunie de l'humanité (1).
De quoi éviter les énormes pertes de pouvoir d'achat annoncées comme inéluctables par les opposants à l'initiative, et sans hypothéquer la question sociale de la résolution des impacts climatiques contemporains. Inutile de dire que sans l'autorité qui était celle des pouvoirs publics de 1945, une telle solution relève de l'utopie. D'autres scénarios sont envisageables comme l'adoption de la fameuse taxe sur les transactions monétaires internationales, redoutée parce qu'elle impliquerait un contrôle des changes source de justice fiscale.
En 1945, il n'y avait pas de choix : il fallait reconstruire après la catastrophe. En 2025, la catastrophe est amorcée mais il y a le choix d'éviter qu'elle ne s'accomplisse. Sauf qu'en ayant trop tardé, en Suisse particulièrement d'après les rapports internationaux, l'urgence s'impose. Politiquement, lorsque la droite au pouvoir est liée à des puissances privées à courte vue, le RC ne sera pas enrayé à temps : les dégâts et les coûts en seront d'autant plus démesurés. Tout ce qui rend les lendemains de nos enfants guère enchanteurs.
(1) Rapport Égalité climatique: une planète pour les 99% basé sur des recherches de l’Institut de l’environnement de Stockholm (SEI) : https://www.oxfamfrance.org/communiques-de-presse/inegalites-climatiques-les-1-les-plus-riches-emettent-autant-de-co2-que-deux-tiers-de-lhumanite/

Un mètre de documentation sur l'évolution du climat dans ma bibliothèque, rassemblée depuis mon premier intérêt pour ce sujet majeur lorsqu'on me demandait de rédiger
' Il n'y a qu'une seule Terre ! '. J'en ai même eu beaucoup plus dans mon bureau à l'Université de Fribourg, non sans en avoir consulté bien davantage encore sur le sujet depuis 40 ans.
Face à la première photo connue du glacier du Rhône (voir plus bas), alors à son maximum d'extension en 1850 à la fin de la 'Petite ère glaciaire', je doutais que l'industrie ait déjà un impact au démarrage des replis glaciaire.
A force de lectures et de recherches, je me suis rendu aux conclusions des historiens du climat en longue durée : l'effet du cycle contemporain d'optimum climatique se cumule à celui plus fort encore de l'activité humaine. Je suis donc sorti, sur ce point, de
l' 'idiotie' ('particularité', en grec).
Les deux premières pages de 'Il n'y a qu'une seule Terre ! ' (1992)



Un populisme en flagrant délit d'escroquerie intellectuelle sur le RC
Les propagandes politiques se répandaient autrefois en guerres de journaux. On ne lisait que l’organe de presse de son parti, lequel vouait l’adversaire aux gémonies en l’accusant de tromper l’électorat. À Fribourg par exemple, l’organe catholique-conservateur était surnommé La Menteuse et son rédacteur en chef Le Père du mensonge par les opposants radicaux dont la prose se voyait à son tour qualifiée de 'bave de crapaud' par la majorité. On forgeait sa conviction hors de toute presse indépendante.
Aujourd’hui pour atteindre la part de l’électorat prête à prendre pour «vrai ce qui est dans le journal, en ligne... », c’est-à-dire à y croire, il reste le tout-ménage.
J'ai montré dans un 'Débat' du Temps comment ça peut fonctionner dans le cas de la volumineuse édition spéciale diffusée en tout-ménage au début de l’été 2019, par une UDC seule capable d’une propagande nationale à plusieurs millions, financée par ses mentors fortunés en attendant que le pays se dote d’une loi de contrôle des ressources partisanes.
Histoire façon UDC / Histoire des historiens :
manipulation ou méthode ? On a le choix
On voit comment procède “ l'historien ” officiel d'un parti populiste : il extrapole des données partielles à partir d'un faux créé pour servir d'argument à une thèse partiale (en l'occurence celle dite du climato-scepticisme, démarche qui permet de dénier une réalité attestée par la science (d'ailleurs récusée et pour cause...) tout autant que par l'actualité, ce qui permet de se dédouaner de la responsabilité de ses effets par manipulation d'une part importante de l'opinion à l'aide d'un document signé de toute l'élite politique du parti, du député au conseiller fédéral.
Tout historien, comme toute personne soucieuse de se forger une opinion en connaissance de cause, est tenu de choisir les sources de la connaissance qu'il veut adopter, en fonction de critères d'autorité scientifique. Ceux qui confient la construction de leur maison à un charlatan ?en savent quelque chose. En l'occurrence, dans le domaine du RC, à moins d'être soi-même spécialiste reconnu du domaine pour des recherches agréées par la communauté scientifique au terme de procédures en double aveugle publiques, désintéressées, ainsi que par les Etats démocratiques qui y adhèrent, il s'agit de se fier, de faire confiance, de se référer... aux conclusions de rapports qui correspondent à de tels critères de véracité. C'est ce par quoi je passe pour les questions liées au RC, ne pouvant faire moi-même autorité dans le domaine.
Chaque parti politique, comme chaque citoyenne et chaque citoyen, tous aussi incompétents que nous soyons dans le domaine, nous avons à choisir notre autorité scientifique de référence et d'en tenir compte pour émettre nos opinions, nos consignes de votes... relativement au domaine le plus crucial actuellement pour l'avenir de l'humanité.
Alors faisons-le ! Voici pour celles et ceux qui ne s'y seraient pas encore mis, surtout si elles ou ils ont diffusé dans la presse, les tout-ménages partisans... leur opinion toute faite, un petit aperçu - hors rapports du GIEC - de ce qu'il est possible de consulter avant d'arrêter son opinion spontanément. Trois ouvrages récents en français pris au hasard, aisés à consulter, avec deux rubriques parmi de nombreuses autres montrant la voie pour un avenir climatique... en connaissance de cause.









Enseigner le DD ! Oui, mais comment ?
La fondatrice et présidente de Sustainable and Just Future, élue leader de la nouvelle génération par le TIME, l'enseignante américaine Sage Lenier donne les plus grands cours jamais organisés par des étudiants à l'Université de Berkeley, persuadée que les politiques du changement climatique doivent être enseignées pour être acceptées et réalisées.
C'est ce que j'ai tenté en Suisse romande, à ma mesure, depuis les années 1990, face à pas mal de résistances, avec d'autres collègues. La question fondamentale est la même pour toute matière : enseigner comment pour que ce soit appris et que des actions ensuite réifient les nouvelles conceptions ? Dans les sociétés sans support écrit, “ pour bien savoir il faut savoir 'par coeur' ” (la mémoire constituant la seule bibliothèque disponible). Dans celles qui en disposent, la tendance est de censurer ou alors de réciter et de faire des exercices, avec le risque que tout soit assez vite oublié ou mal installé. L'idée est donc non seulement de constituer des savoirs fiables, de les transposer didactiquement en conceptions agréés socialement et scientifiquement, mais d'user d'une stratégie pédagogique dans la durée par transferts en situations nouvelles, inconnues, de ce qui a été enseigné, de manière à exposer l'apprentissage et éventuellement de procéder à une remédiation. Ce qui prend du temps, oui. Mais à quoi bon enseigner ce qui disparaît des mémoires 48 heures après l'examen (80% des connaissances parfaitement restituées en géographie ou en histoire par exemple). On peut donc gagner amplement le temps nécessaire à installer des connaissances mises en contexte, durables. Et ça, c'est aussi facile à dire que difficile à faire accepter par tous les partenaires de l'école. Pourtant on le fait très bien en mathématique (il ne viendrait à personne l'idée de faire réciter à une classe des résultats de multiplication au-delà du livret de dix ! Sur le bon millier de dates que l'on nous a fait réciter durant notre scolarité - jusqu'au tournant du XXe siècle -, combien sont encore en mémoire ? Mais ce n'est pas une raison pour ne plus en exiger si elles sont conceptualisées : une trentaine pour toute la scolarité, organisées en système cohérent, reprises comme marqueurs clés, insérées dans une histoire en durées significatives. Voilà un indice pour l'histoire enseignée. Chaque discipline a sa didactique propre.
On peut aller déjà ici, pour commencer, à une proposition de dispositif d'enseignement-apprentissage en sciences sociales visant à réaliser les fameux 'transferts', en classe : des apprentissages durables avec un espoir d'effets hors de l'école : https://musee-gruerien.ch/wp-content/uploads/2020/11/Evaluation-3C_Dispositif-ouvert-Gruyere-Amazonie.pdf
On trouvera plus loin d'autres informations sur de tels dispositifs
L'éducation au développement durable (EDD)
L'EDD est entrée dans les programmes scolaires des pays soucieux de transmettre aux générations une Terre accueillante par « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs », selon la première définition du DD de Gro Harlem Brundtland, Première ministre norvégienne, en 1987. En 1992, le Sommet de la Terre de Rio, tenu sous l'égide des Nations unies, officialise la notion de DD pour assurer à notre planète un développement économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable. Une politique encore très loin d'avoir atteint ses objectifs. Actuellement (fin 2024), les prévisions du GIEC tablent sur un réchauffement global de 3°. Qui se rend compte des conséquences d'un bouleversement tel que l'humanité n'a encore jamais eu à affronter ? Les responsables politiques qui ont ignoré les alertes ? Ils se sont engoncés dans le déni au fur et à mesure que les catastrophes, annoncées, se multiplient, vouant les messagers - scientifiques agréés, partis, ONG... - aux gémonies...
J'ai par ma fonction de professeur d'histoire de l'éducation pu contribuer à l'essor d'une éducation au DD dans l'école romande, par des recherches apliquées et des publications, notamment à l'occasion d'un Projet national de recherche (PNR 2006-2012) commun aux universités de Genève et Fribourg ainsi qu'aux Hautes écoles pédagogiques des cantons de Vaud et du Valais.

C'est à l'aune de telles échelles qu'il faut inviter un élève à examiner l'affirmation qu'il peut avoir spontanéement face à une carte du glacier du Rhône il y a 20'000 ans !
Pour commencer, voici une des contributions au PNR 2006-2012 :
les échelles du temps
pour comprendre les
changements climatiques
L'échelle des grandes glaciations donne la mesure des impacts naturels majeurs, tout au long de l'histoire de l'humanité.
Celle révélant 'optimum climatique' romain, médiéval... ou 'petite ère glaciaire' intermédiaire, instruit sur les facultés d'adaptation de l'humanité face aux ruptures climatiques séculaires (Histoire humaine et comparée du climat, E. Le Roy Ladurie, dès les années 1970).
Une frise en longue durée conduisant à l'histoire immédiate (Al Gore, 2006) donne la mesure du cumul des effets d'une phase de réchauffement naturel avec ceux liés aux activités humaines de l'ère industrielle.
De 2006 à 2012, François Audigier (Université de Genève, requérant principal), et Pierre-Philippe Bugnard (Université de Fribourg, co-requérant), ont réalisé avec neuf chercheurs et une cinquantaine de classes expérimentales le Projet National de Recherche N°100014_125053 « LES CONTRIBUTIONS DES ENSEIGNEMENTS DE SCIENCES SOCIALES –HISTOIRE, GÉOGRAPHIE, CITOYENNETÉ- À L’ÉDUCATION EN VUE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ».
Trois publications issues du PNR
- Processus d’apprentissage : contenus et modes de pensée disciplinaire. Le cas d’une unité-problème enseignée en 5e primaire autour de la question des effets de la production de l’alimentation carnée sur l’environnement. Colloque international de l’ARCD 2011. Les contenus disciplinaires. Université Lille 3, Villeneuve d’Ascq.
- Pourront-ils manger autant de viande que moi ?. Universitas, die Nahrung. Mesure et démesure. Université de Fribourg, 3/2010, 18-20.
- Éduquer en vue du développement durable par les temporalités de l’histoire du climat, à partir de la fusion des glaces alpines, Dixièmes Rencontre du REF 2007 : Apprendre et former entre l’individuel et le collectif. Université de Sherbrooke (CDN), Revue des HEP romandes. Formation et pratiques d’enseignement en questions. Lausanne 13/2011, 115-133.
Titre de l'article publié :
Au secours ! Nos glaciers sublimes fondent !
Peut-on agir sur le climat en apprenant à distinguer les effets
de la nature et de l’homme sur son réchauffement ?
Avec des éléments de méthode pour placer une classe en situation de penser la problématique du RC
Page (à g.) tirée du chapitre : Initiation à un mode de pensée historien pour apprécier l'évolution des glaces alpines, avec :
3. Les stades du glacier du Rhône
3.1. De la crue maximum du Petit âge
glaciaire à la décrue actuelle
Deux conférences...
- Les responsabilités du politique et de l’éducation dans l’anthropocène : le cas des programmes de partis depuis la Révolution et l’exemple d’un PNR du FNRS suisse sur l’EDD ’Suisse-Brésil / Gruyère-Amazonie’, Conférence-débat à distance pour le programme post-grade Éducation et Droits de l’homme de l’Université de Curitiba, Brésil, 16 octobre.
- Les impacts de l’agro-alimentaire en Gruyère et en Amazonie : une enquête du Fonds national de la recherche sur les modes de pensée des élèves de 5P. Conférence-atelier Cours suisse de perfectionnement des professeurs du secondaire WBZ-CPS, Université de Genève, 20 mai 2010.

... et leurs conclusions pratiques en ligne :
Le dispositif d'éducation au DD pour le secondaire 'Gruyère-Amazonie : pourra-t-on manger partout autant de viande que nous ?' élaboré à l'occasion du PNR 2006-2012 est mentionné à la rubrique 'Histoire de la Gruyère', Il est en ligne sur le site du Musée gruérien (fiche 24 de la série des 'Images parlantes' ) :
Ci-contre, xtraits du dispositif mis en ligne pour les classes
de 8H - 10H (6e primaire - 2e secondaire suisses)
